Mortalité par COVID-19 au Québec : comparaisons nord-américaines et internationales. Mise à jour du 25 mai

En résumé

Le Québec présente pour une deuxième semaine consécutive un portrait nettement plus positif que la semaine précédente. La mortalité enregistre une diminution notable, particulièrement dans les deux endroits les plus touchés, les CHSLD et les régions de Montréal et Laval. Ces résultats ajoutés à une diminution des personnes en soins intensifs appuient la décision des autorités québécoises d’amorcer le déconfinement dans la région de Montréal et de l’intensifier dans le reste du Québec.

Les comparaisons nord-américaines et internationales, bien qu’imparfaites compte tenu d’une meilleure couverture des décès par COVID-19 au Québec, démontrent que la situation au Québec suit la tendance observée ailleurs. De plus, si le Québec avait réussi à limiter les décès en CHSLD, il se serait relativement bien positionné dans les différentes comparaisons.

1. Limites des données sur les décès par COVID-19
2. Situation au Québec
3. Situation du Québec sur le plan nord-américain
4. Situation du Québec sur le plan international

1. Limites des données sur les décès par COVID-19

La comparaison des données sur la COVID-19 au Québec et ailleurs dans le monde nécessite de la prudence. Les cas détectés d’un pays à l’autre, la statistique la plus utilisée dans les médias, peuvent dépendre de l’intensité des tests et des critères utilisés pour retenir les cas. Les cas les plus graves, soient ceux menant à une hospitalisation en soins intensifs ou à un décès, sont mieux comptabilisés. En l’absence actuellement de données disponibles pour les hospitalisations dans les différents pays, la statistique la plus fiable pour comparer le Québec à d’autres états demeure les taux de mortalité.

Pour les comparaisons internationales et nord-américaines, les données présentées ci-dessous ne permettent pas de distinguer les décès survenus chez les pensionnaires des établissements pour personnes âgées de ceux survenus dans le reste de la population. Au Québec, les personnes résidant dans les établissements pour personnes âgées (CHSLD et résidences privées pour aînés) constituent plus de 80 % des décès par COVID-19, ce qui teinte les résultats obtenus pour l’ensemble de la population.

De plus, dans la plupart des pays, les statistiques sous-estiment les décès par COVID-19 survenus dans les établissements pour personnes âgées. Au Québec, depuis le 10 avril, les décès suspectés d’être liés à la COVID-19 sont enquêtés. Ce qui n’est pas le cas dans la plupart des pays.

Par ailleurs, il est généralement reconnu que les statistiques sur les causes de décès au Québec sont parmi les meilleures au monde. Cela pourrait expliquer en partie pourquoi les taux de mortalité par COVID-19 présentés ici pour le Québec peuvent sembler élevés dans les comparaisons internationales et nord-américaines. Les autres facteurs à considérer dans les taux élevés du Québec sont la proportion particulièrement élevée de personnes en établissement pour personnes âgées (CHSLD publics et privés, résidences pour personnes âgées) au Québec, le moment où la semaine de relâche scolaire est survenue et le nombre élevé de voyageurs entre le Québec et la France et entre Montréal et New York.

2. Situation au Québec

En date du 24 mai, l’on comptait 4 069 décès par COVID-19 au Québec. Le graphique montre comment a évolué le nombre cumulé de décès selon la date de survenue du décès et selon la date rapportée du décès. La courbe selon la date de survenue présente une évolution plus régulière alors que celle selon la date rapportée affiche des irrégularités qui dépendent des corrections dans la définition de la COVID-19 et des variations dans la transmission des données des différentes régions.

 

Les décès par COVID-19 se concentrent dans certains sous-groupes de la population. Tout d’abord, 90 % des décès touchent les personnes âgées de 70 ans et plus. Plus de 8 décès sur 10 se rapportent à des personnes vivant en établissement pour personnes âgées, et près des deux tiers à des personnes vivant en CHSLD. Les régions de Montréal et de Laval regroupent plus des trois quarts des décès. Enfin, les CHSLD de Montréal et de Laval comptabilisent à eux seuls plus de la moitié des décès par COVID-19 au Québec.

 

Si les décès se concentrent chez les personnes âgées de 70 ans et plus, est-ce que les groupes d’âges plus jeunes sont aussi touchés ? Les personnes de 60 à 69 ans sont-elles à risque ? Depuis le 12 mai, l’INSPQ diffuse sur son site des données plus détaillées sur la répartition des décès selon le groupe d’âge. Cette répartition, pour être informative, doit tenir compte aussi de la répartition de la population et des décès toutes causes selon l’âge.  Ces trois informations sont présentées dans le graphique ci-dessous.

 

 

Ainsi, dans le groupe des 60-69 ans, qui constitue les générations du pic du baby boom, l’on retrouve 13 % de la population mais une proportion beaucoup plus faible des décès par COVID-19, soit 7 %. De plus, l’importance relative de ce groupe d’âge est plus élevée pour la mortalité générale que pour la mortalité par COVID-19. Ce n’est qu’à partir de 80 ans que la COVID-19 regroupe plus de décès que la mortalité générale, soit 83 % de décès par COVID-19 comparativement à 53 % de l’ensemble des décès.

 

En plus de Montréal et Laval, est-ce qu’il y a d’autres régions particulièrement touchées par la mortalité par COVID-19 ? Le taux de l’ensemble du Québec est de 421 par millions d’habitants. Seules les régions de Laval et de Montréal présentent des taux plus élevés, de l’ordre de plus de 1 000 par million.  Trois autres régions présentent des taux relativement élevés, il sont dans l’ordre, Mauricie et Centre-du-Québec, Lanaudière et Montérégie.

Au cours de la dernière semaine, la région de Laval affiche le taux le plus haut, suivie de Montréal.

 

Chaque jour, les autorités de la santé diffusent une mise à jour du nombre cumulé de décès par COVID-19 en indiquant le nombre de nouveaux décès par rapport au nombre cumulé rapporté la journée précédente. Lorsque le nombre de nouveaux décès est élevé, l’on donne comme explication que ces décès ne portent pas uniquement sur la dernière journée mais concernent également des décès survenus dans les jours précédents pour lesquels  il y a eu des délais dans la transmission.

Le graphique suivant illustre bien le portrait différent que donne l’utilisation des décès selon la date réelle par rapport aux décès selon la date rapportée. Les données sont présentées à partir de moyennes mobiles calculées sur trois jours consécutifs afin d’éliminer les variations aléatoires.

Des corrections importantes ont été effectuées dans la compilation des décès par COVID-19 le 15 avril et le 1er mai. Ces corrections se traduisent par des soubresauts importants dans la courbe selon la date rapportée (courbe en noir) alors que la courbe relative aux décès selon la date de survenue n’est pas affectée par ces corrections.  Par contre, les données présentées selon la date de survenue des décès montrent une sous-estimation importante pour les jours les plus récents.

La courbe des décès selon la date de survenue offre donc une évolution plus précise à la condition de ne pas retenir les données les plus récentes. À partir de la courbe selon la date rapportée des décès, l’on dénote une tendance à la baisse depuis le 1er mai constituée de plusieurs soubresauts . D’un autre côté, la courbe des décès selon la date de survenue affiche une diminution depuis le 30 avril en deux temps : une première jusqu’au 14 mai, et une deuxième depuis le 17 mai après un plateau ayant duré quelques jours.

 

Les variations quotidiennes des nouveaux décès par COVID-19 évoluent en fonction des décès en CHSLD.  Les données selon la date de survenue permettent d’aplanir les courbes et indiquent une tendance à la baisse des décès dans tous les milieux de vie.

 

Les données régionales  sur les décès par COVID-19 ne sont disponibles que selon la date rapportée. L’évolution des décès quotidiens moyens à l’échelle du Québec est modulée sur les variations des décès dans la région combinée de Montréal et de Laval. Entre le 13 et le 19 mai l’on dénote une tendance soutenue de diminution de la mortalité à Montréal-Laval, suivie d’un plateau, qui se situe tout de même à un niveau plus faible que le nombre de décès observé à la mi-avril.  Dans le reste du Québec, le nombre de décès demeure relativement stable depuis près de trois semaines.

 

Est-ce qu’il y des secteurs où la mortalité diminue ?

La comparaison des données par période d’une semaine permet d’établir des tendances plus robustes de la mortalité pour des sous-groupes de population. À l’échelle de l’ensemble du Québec, le nombre de décès a diminué de 19 % au cours de la dernière semaine comparativement à la semaine précédente. La baisse s’est concentrée à Montréal-Laval alors que la mortalité est restée stable dans le reste du Québec. La diminution des décès par COVID-19 a été la même chez les moins de 70 ans et les 70 ans et plus.

 

En creusant un peu plus, il est possible d’analyser l’évolution des décès selon le milieu de vie et la région. Ainsi, l’on peut voir que les décès dans les CHSLD ont diminué de 12 % dans l’ensemble du Québec. La baisse a été plus forte dans la région de Montréal-Laval que dans le reste du Québec. Les décès dans les résidences privées pour aînés (RPA) ont régressé de l’ordre de 25 % tant à Montréal-Laval que dans le reste du Québec. Enfin, les décès chez les personnes à domicile sont demeurés stables à Montréal-Laval ainsi que dans le reste du Québec.

 

Est-ce que la pandémie du COVID-19 est sous contrôle au Québec ?

Les données présentées dans cette mise à jour sont globalement encourageantes. Mais est-ce que la situation commence à être sous contrôle au Québec tant pour les hospitalisations que pour les décès ? Un changement dans la méthode de calcul des hospitalisations le 20 mai ne permet pas de comparer les données avant cette date. En ce qui concerne le nombre de personnes hospitalisées en soins intensifs, celui-ci a régressé de 6 %. Cela devrait donc se traduire dans les prochains jours par une légère baisse du nombre de décès parmi les personnes vivant à l’extérieur des CHSLD. Pour celles qui vivent en CHSLD, qui ne passent pas par l’hospitalisation et les soins intensifs avant de décéder, on observe une diminution de 12 % dans les décès. S’ajoute à cela, une décroissance de plus de 25 % des décès à Montréal-Laval. Cette combinaison de résultats illustre bien un changement important dans l’évolution de la pandémie et appuie la décision des autorités politiques et sanitaire d’amorcer le déconfinement dans la région de Montréal.

La diminution importante des décès hors CHSLD peut résulter en partie par un changement de catégorie de plusieurs décès entre le 18 mai et le 24 mai.

Est-ce que la pandémie de COVID-19 se traduit par un excès de mortalité en 2020 ?

L’institut de statistique du Québec a publié dernièrement des données provisoires sur les décès totaux pour les 17 premières semaines de l’année 2020. Il est ainsi possible de comparer ces données à celles des années précédentes pour la même période. Le graphique ci-dessous présente les décès par COVID-19 ainsi que l’excès des décès de l’année 2020 par rapport à la moyenne des trois années précédentes, 2015 à 2017, pour les semaines du 15 mars au 19 avril.

L’excès de mortalité pour l’année 2020 passe de 136 décès, lors de la semaine du 22 mars, à 668 décès pour la semaine du 19 avril. À partir de la semaine du 5 avril, le nombre de décès par COVID-19 dépasse l’excédent de mortalité. Il y peut y avoir plusieurs explications à cette situation. Tout d’abord, à partir du 10 avril, les critères pour classer un décès dans la catégorie COVID-19 ont été élargis. De plus, en période de confinement, il est possible que les décès pour certaines causes, particulièrement ceux par accidents, aient diminué. Ainsi, la hausse occasionnée par la COVID-19 a pu être légèrement contrebalancée par une baisse des décès accidentels. Enfin, contrairement à plusieurs pays, l’on ne dénote pas pour le Québec une sous-estimation des décès par COVID-19 à partir de l’excédent de décès pour 2020, au contraire.

Comparaisons des données québécoises sur le plan nord-américain et international

Les données pour la dernière semaine sont utilisées ci-dessous pour les comparaisons nord-américaines et internationales. En plus des données pour le Québec, dans son ensemble, celles pour le Québec sans les CHSLD, pour Montréal-Laval ainsi que pour le reste du Québec sont présentées dans les différents graphiques. Il sera ainsi possible d’établir la situation du Québec en tenant compte des particularités selon la région et le milieu de vie. De plus, la donnée pour l’ensemble du Québec avec et sans CHSLD permet de fournir les limites supérieures et inférieures d’une fourchette à l’intérieur de laquelle les comparaisons peuvent être établies. Dans la section précédente, il a été démontré que les données par COVID-19 au Québec seraient très peu sous-estimées contrairement à d’autres juridictions où les décès survenus à l’extérieur des hôpitaux seraient particulièrement omis.

3. Situation du Québec sur le plan nord-américain

En Amérique du Nord, l’état de New York affiche le plus haut taux cumulé de mortalité par COVID-19. La région de Montréal-Laval arrive au troisième rang entre le Connecticut et le New Jersey. Le Québec se situe entre la Pennsylvanie et le Michigan et dépasse nettement les États-Unis. Le reste du Québec se compare à l’Ontario alors que le Québec en excluant les décès en CHSLD se compare au Canada. La Colombie-Britannique se démarque avec le taux le plus faible.

Pour la dernière semaine, Montréal-Laval présente, de loin, la mortalité la plus forte. Le Québec se situe à un niveau plus élevé que celui obtenu pour la mortalité cumulée. Le reste du Québec et le Québec sans les CHSLD enregistrent des taux de mortalité comparables à ceux du Canada. La Colombie-Britannique montre une mortalité très faible pour la dernière semaine. Ces comparaisons font ressortir plusieurs aspects de la situation québécoise : en premier lieu la qualité de la couverture des décès par COVID-19, en deuxième lieu, l’impact des décès en CHSLD et enfin la concentration des décès à Montréal et Laval.

 

La plupart des territoires enregistrent une baisse des décès au cours de la dernière période. L’état de New York, qui a été particulièrement touché par la COVID-19, affiche la baisse la plus importante. Le Québec sans CHSLD et Montréal-Laval présentent des diminutions parmi les plus importantes alors que l’Ontario, le Québec et le Canada se situent dans la moyenne. Le reste du Québec montre une très légère hausse.

4. Situation du Québec sur le plan international

Le graphique ci-dessous présente deux informations : le taux cumulatif de mortalité jusqu’au 24 mai et le taux de mortalité pour la dernière semaine, du 18 au 24 mai. Le taux cumulatif de mortalité permet d’illustrer l’impact épidémiologique de la COVID-19 dans les différents pays depuis le début de la pandémie. Les différences entre les pays dépendent en partie du moment où la pandémie a commencé à faire ses premières victimes. Jusqu’à maintenant, les pays les plus touchés par la COVID-19 sont la Belgique, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni avec des taux cumulatifs supérieurs à 500 par millions d’habitants. Le Québec dépasse maintenant la France. La région Montréal-Laval dépasse tous les pays comparés alors que le reste du Québec, le Québec sans CHSLD, l’Ontario et le Canada se positionnent au milieu du classement.  La Suède, qui a appliqué un confinement très partiel,  montre un taux qui est plus de 4 fois de celui de ses pays voisins. La Corée du Sud, qui a été un des premiers pays avec la Chine à recenser les premiers cas de COVID-19, présente un taux très faible.

Au cours de la dernière semaine, le Québec, et plus particulièrement la région Montréal-Laval affichent les taux les plus élevés. Les taux de la dernière semaine montrent bien l’écart dans l’évolution de la pandémie entre l’Amérique du Nord et l’Europe. À l’exception de l’Ontario, le Canada, les États-Unis et le Québec, avec ses sous-populations, se situent tous dans le bas du classement.

 

La mortalité a diminué presque partout au cours de la dernière semaine. La France, la Norvège et la Finlande affichent les baisses les plus importantes. Le Canada, le Québec, Montréal-Laval et le Québec sans CHSLD se positionnent dans la deuxième moitié du classement. L’on dénote une légère reprise de la mortalité en Espagne et au Portugal.

 

Les variations de la mortalité par COVID-19 entre les pays peuvent dépendre du temps écoulé depuis le début de la pandémie. Une façon de contourner ce facteur est de comparer la mortalité à partir du moment où chaque pays a atteint un taux de mortalité de 1 par million d’habitants. Le graphique ci-dessous compare les taux cumulés de mortalité du Québec, de la région de Montréal-Laval, du reste du Québec et du Québec sans CHSLD et du Canada, à ceux de l’Allemagne, de l’Italie, de la Belgique et de l’état de New York. Les taux de l’Italie et de l’Allemagne correspondent respectivement aux limites supérieure et inférieure des scénarios retenus par le Québec. La mortalité de la Suède se rapporte à un pays n’ayant pas procédé à un confinement complet de sa population contrairement à la plupart des pays européens. Enfin ceux de la Belgique et de l’état de New York se rapportent aux endroits les plus touchés en Europe et en Amérique du Nord. Sur le graphique, le jour 0 varie, selon la population, entre le 3 mars, pour l’Italie, et le 25 mars pour le Québec et le Canada.

Le taux du Québec, une fois ajusté selon la date du début de la pandémie, suit une évolution qui rejoint l’Italie en date du 24 mai, 60 jours après avoir atteint un taux de mortalité de 1 par million d’habitant. La région Montréal-Laval dépasse la Belgique et tend vers la courbe de l’état de New York. À l’opposé, le reste du Québec et le Québec sans CHSLD suivent l’évolution du Canada, au-dessus de l’Allemagne.

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