Mortalité par COVID-19 au Québec : comparaisons nord-américaines et internationales. Mise à jour du 7 juillet

 

En résumé

Le Québec se situe actuellement dans une phase peu active de la pandémie de COVID-19. Tous les indicateurs sont à la baisse, le nombre d’admissions en soins intensifs et hors soins intensifs, les décès en CHSLD et les décès hors CHSLD. De plus dans les comparaisons nord-américaines et internationales, pour le mois de juin, le Québec occupe une position plus favorable que lors des mises à jour précédentes. Finalement, une correction des taux cumulés par COVID-19 à partir des données sur les excès de mortalité de l’année 2020 fournit une mince consolation. Le Québec se positionnerait au 5e rang des endroits les plus touchés par la mortalité par COVID-19 au lieu du 2e rang devancé par l’Espagne, le Royaume-Uni, l’Italie et la Belgique.

1. Limites des données sur les décès par COVID-19
2. Situation au Québec
3. Situation du Québec sur le plan nord-américain
4. Situation du Québec sur le plan international
5. Situation de la région Montréal-Laval comparée à d’autres régions urbaines

1. Limites des données sur les décès par COVID-19

La comparaison des données sur la COVID-19 au Québec et ailleurs dans le monde nécessite de la prudence. Les cas détectés d’un pays à l’autre, la statistique la plus utilisée dans les médias, peuvent dépendre de l’intensité des tests et des critères utilisés pour retenir les cas. Les cas les plus graves, soient ceux menant à une hospitalisation en soins intensifs ou à un décès, sont mieux comptabilisés. En l’absence actuellement de données disponibles pour les hospitalisations dans les différents pays, la statistique la plus fiable pour comparer le Québec à d’autres états demeure les taux de mortalité.

Pour les comparaisons internationales et nord-américaines, les données présentées ci-dessous ne permettent pas de distinguer les décès survenus chez les pensionnaires des établissements pour personnes âgées de ceux survenus dans le reste de la population. Au Québec, les personnes résidant dans les établissements pour personnes âgées (CHSLD et résidences privées pour aînés) constituent plus de 80 % des décès par COVID-19, ce qui teinte les résultats obtenus pour l’ensemble de la population.

De plus, dans la plupart des pays, les statistiques sous-estiment les décès par COVID-19 survenus dans les établissements pour personnes âgées. Au Québec, depuis le 10 avril, les décès suspectés d’être liés à la COVID-19 sont enquêtés. Ce qui n’est pas le cas dans la majorité des pays.

Par ailleurs, il est généralement reconnu que les statistiques sur les causes de décès au Québec sont parmi les meilleures au monde. Cela pourrait expliquer en partie pourquoi les taux de mortalité par COVID-19 présentés ici pour le Québec peuvent sembler élevés dans les comparaisons internationales et nord-américaines. L’autre facteur principal à considérer dans les taux élevés du Québec est la proportion particulièrement élevée de personnes en établissement pour personnes âgées (CHSLD publics et privés, résidences pour personnes âgées) décédées de la COVID-19. Afin de réduire les variations quotidiennes des données dues à différents facteurs, jours fériés, fins de semaine, rattrapages ponctuels dans la compilation et l’enregistrement des décès, des moyennes mobiles sur 7 jours sont quelquefois utilisées.

2. Situation au Québec

Le premier graphique présente l’évolution des décès quotidiens moyens par COVID-19 selon la date rapportée et selon la date de survenue. Des corrections importantes ont été effectuées dans la compilation des décès par COVID-19 le 17 avril, le 1er mai et le 31 mai. Ces corrections se traduisent par des soubresauts importants dans la courbe selon la date rapportée (courbe en noir) alors que la courbe relative aux décès selon la date de survenue n’est pas affectée par ces corrections.  Par contre, les données présentées selon la date de survenue des décès montrent une sous-estimation importante pour les jours les plus récents.

La courbe des décès selon la date de survenue offre donc une évolution plus précise sauf pour les jours les plus récents. À partir de cette courbe, on peut constater que le nombre de décès par CIVID-19 a atteint un pic de plus de 120 décès quotidiens à fin du mois d’avril et au début du mois de mai pour ensuite plonger et se situer à moins de 10 décès quotidiens depuis la fin du mois de juin.

Les décès par COVID-19 se concentrent dans certains sous-groupes de la population. Trois décès sur quatre se produisent chez les personnes âgées de 80 ans et plus. Plus de 8 décès sur 10 se rapportent à des personnes vivant en établissement pour personnes âgées, et près des deux tiers à des personnes vivant en CHSLD. Les régions de Montréal et de Laval regroupent plus de 70 % des décès. Enfin, les CHSLD de Montréal et de Laval comptabilisent à eux seuls plus de la moitié des décès par COVID-19 au Québec.

 

Si les décès se concentrent chez les personnes âgées de 80 ans et plus, est-ce que les groupes d’âges plus jeunes sont aussi touchés ? Les personnes de 60 à 79 ans sont-elles à risque ? La répartition selon l’âge des décès par COVID-19, pour être informative, doit tenir compte aussi de la répartition selon l’âge de la population et des décès toutes causes.  Ces trois informations sont présentées dans le graphique ci-dessous.

Ainsi, dans le groupe des 60-69 ans, l’on retrouve 13 % de la population mais une proportion beaucoup plus faible des décès par COVID-19, soit 6 %. De plus, l’importance relative de ce groupe d’âge est plus élevée pour la mortalité générale que pour la mortalité par COVID-19. Le poids relatif des 70-79 ans pour les décès par COVID-19, 18 %, se rapproche de celui des décès toutes causes, 22 %. Ce n’est qu’à partir de 80 ans que la COVID-19 regroupe plus de décès que la mortalité générale, soit 74 % de décès par COVID-19 comparativement à 53 % de l’ensemble des décès.

 

Le taux de l’ensemble du Québec est de 655 décès par millions d’habitants. Seules les régions de Laval et de Montréal présentent des taux plus élevés, de l’ordre de plus de 1 500 par million.  Trois autres régions présentent des taux relativement élevés, il sont dans l’ordre, Montérégie, Mauricie et Centre-du-Québec et Lanaudière.

Lorsque l’on tient compte uniquement des décès survenus parmi la population vivant à domicile, les taux sont dix fois plus faibles et les écarts entre les régions sont moins importants. Les taux de Montréal, Laval, Lanaudière et Montérégie dépassent la moyenne québécoise.

 

Les données selon la date de survenue fournissent un portrait beaucoup plus clair de la diminution de la mortalité dans les différents milieux de vie que celui selon la date rapportée. Dans les CHSLD, la mortalité a fortement diminué depuis le début de mai. Même au plus fort de la pandémie, à la fin du mois d’avril, le nombre quotidien de décès de personnes vivant à domicile a plafonné autour de dix.

 

Les données présentées dans cette mise à jour montrent que la pandémie est actuellement dans une phase peu active. Les nouvelles admissions en soins intensifs ont été réduites à zéro, les autres admissions quotidiennes sont inférieures à 10.  Les décès tant en CHSLD qu’ailleurs sont de moins en moins nombreux.

 

À toutes les deux semaines, l’Institut de statistique du Québec met à jour les données sur les décès par semaine pour l’année 2020. Il est ainsi possible de comparer ces données à celles des années précédentes pour la même période. Le graphique ci-dessous présente les décès par COVID-19 ainsi que l’excès des décès de l’année 2020 par rapport à la moyenne des trois années précédentes, 2017 à 2019, pour les semaines du 15 mars au 31 mai.

L’excès de mortalité pour l’année 2020 passe de 166 décès, lors de la semaine du 22 mars, à 794 décès pour la semaine du 26 avril pour finalement se situer à 200 décès au cours de la dernière semaine disponible. L’évolution de l’excès de mortalité confirme que le pic de la pandémie a été atteint durant la dernière semaine d’avril.

De la semaine du 12 avril à celle du 17 mai, le nombre de décès par COVID-19 dépasse l’excédent de mortalité. La semaine du 24 mai se démarque puisque l’excès de décès est à la hausse par rapport aux deux semaines précédentes, et dépasse largement le nombre de décès par COVID-19.

Pour l’ensemble de la période, les décès par COVID-19 surpasse de 6 % l’excédent des décès. Ce résultat tend à démontrer que le niveau de couverture des décès par COVID-19 au Québec est excellent. Il peut cependant y avoir plusieurs autres explications à cette situation. Tout d’abord, à partir du 10 avril, les critères pour classer un décès dans la catégorie COVID-19 ont été élargis. De plus, en période de confinement, il est possible que les décès pour certaines causes, particulièrement ceux par traumatismes liés par exemple aux transports, aux sports ou au travail, aient diminué. Enfin, pour plusieurs personnes, la COVID-19 a pu faire devancer de quelques jours ou semaines un décès qui serait survenu de toute façon. Le fait que la majorité des décès soient survenus en CHSLD, chez des personnes présentant plusieurs problèmes de santé, peut avoir fait en sorte que la COVID-19 ait été automatiquement désignée comme cause initiale du décès à la place de la vraie cause de décès.

3. Situation du Québec sur le plan nord-américain

En Amérique du Nord, quatre états du Nord-Est des États-Unis affichent des taux cumulés de l’ordre de 1 000 décès ou plus par million d’habitants, New Jersey, New York, Connecticut et Massachusetts. Le Québec se compare au Michigan. L’Ontario et le Canada se positionnent relativement bien alors que la Colombie-Britannique enregistre le taux le plus bas.

Au cours du mois de juin, le New Jersey et le Massachusetts enregistrent les taux les plus élevés. Les taux augmentent dans certains États comme l’Arizona, la Floride et la Californie. Pour la première fois depuis plusieurs semaines, le taux du Québec est moins élevé que celui des États-Unis. La Colombie-Britannique montre le taux le plus faible.

4. Situation du Québec sur le plan international

Le graphique ci-dessous présente le taux cumulatif de mortalité jusqu’au 6 juillet qui permet d’illustrer l’impact épidémiologique de la COVID-19 dans les différents pays depuis le début de la pandémie. La Belgique représente le pays le plus touché par la COVID-19, avec un taux supérieur à 800 décès par 1 million d’habitants suivi de loin par le Québec et le Royaume-Uni qui présentent des taux se situant à près de 650 par million.  La Suède, qui a appliqué un confinement très partiel, montre un taux qui est plus de 5 fois celui de ses pays voisins. Le Canada se positionne au milieu du classement. Le Pérou, le Brésil et le Mexique se sont faufilés en quelques semaines au milieu du classement.

De plus, au cours du mois de juin, le Pérou, le Brésil et le Mexique présentent  les taux les plus élevés. Les différents états nord-américains, le Québec, le Canada, l’Ontario et les États-Unis se retrouvent tous parmi les endroits les plus touchés. Les taux du mois de juin illustrent bien la situation des différents pays dans l’évolution de la pandémie. Plusieurs pays européens et asiatiques ont pratiquement atteint un niveau de mortalité nulle. L’Amérique du Nord se situe dans une phase accélérée de diminution alors que l’Amérique du Sud se retrouvent dans une phase ascendante. Le Royaume-Uni et la Suède se démarquent des autres pays européens et se comparent même désavantageusement aux états nord-américains.

 

Le graphique suivant illustre l’évolution du taux quotidien moyen de mortalité par COVID-19 au Québec et dans les 7 pays ayant cumulé en date du 6 juillet les taux les plus élevés de mortalité par COVID-19. Cette évolution permet d’identifier le moment où chaque pays a atteint le pic de la mortalité. Ainsi, le Québec constitue, parmi ses lieux, l’endroit où le pic a été atteint le plus tardivement soit vers la fin du mois d’avril.  En comparaison, en Italie et en Espagne, le pic a été atteint au début d’avril. La pandémie en Suède et aux États-Unis se caractérise des autres pays par un sommet plus aplati et une phase descendante plus lente.

 

Dans les comparaisons internationales, le Québec affiche après la Belgique le taux cumulé le plus élevé de mortalité par COVID-19. Les données sur les excès de décès de l’année de 2020 par rapport aux années précédentes peuvent être utilisées pour évaluer le taux de couverture des décès par COVID-19 dans les pays comparés. Par la suite, il est possible d’effectuer une correction de taux en tenant compte de la couverture variable des décès par COVID-19 entre les pays.

À la fin de la section 2, il a été démontré que durant la période du 22 mars au 6 juin 2020 au Québec, le nombre de décès par COVID-19 dépassait de 6 % l’excès des décès de l’année 2020 par rapport aux 3 années précédentes. Il est possible de faire la même démarche pour les 7 pays présentant les taux les plus élevés. Ainsi, en retenant les semaines où chaque pays enregistre un excès de mortalité supérieur à 5 %, le rapport du nombre de décès par COVID-19 au nombre de décès excédentaires de 2020 a été calculé. Pour le Québec, ce rapport est de 1,05.

Le tableau suivant présente le rapport pour les Québec et les 7 pays.

Ces données montrent que les décès par COVID-19 correspondent à près de 100 % des décès excédentaires en Belgique et au Québec. Le ratio diminue à 85 % en France et à 77 % aux États-Unis. Pour le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne, les décès par COVID-19 représentent moins des deux tiers de l’excès de décès observés en 2020. En l’absence de crises autres que la COVID-19, il est possible de postuler que les excès de décès observés en 2020 se rapportent essentiellement à la pandémie de COVID-19. Les rapports présentés dans le tableau correspondent donc à une estimation du taux de couverture des décès par COVID-19. En appliquant ces ratios aux taux cumulés de chaque pays, on obtient ainsi un taux corrigés.

Le graphique suivant illustre le classement du Québec et des 7 pays selon le taux cumulé de COVID-19 au 6 juillet et le taux corrigé en fonction du rapport entre le nombre de décès par COVID-19 et le nombre de décès excédentaires en 2020.

Ainsi, le Québec qui se positionnait au deuxième rang pour le taux cumulé de COVID-19 passe au cinquième rang à la suite des corrections. La Belgique passe du 1er au troisième rang. L’Espagne constitue le pays le plus touché par la correction. La correction ne change pas le rang des États-Unis, de la France et de la Suède. Les taux corrigés devront être mises à jour au fur et à mesure que de nouvelles données sur les décès hebdomadaires seront publiées par l’Institut de la statistique du Québec.

5. Situation de la région de Montréal-Laval comparée à d’autres régions urbaines

Les régions de Montréal et Laval combinés enregistrent un taux de mortalité qui est 8 fois celui du reste du Québec. Un des facteurs privilégié pour expliquer cet écart concerne la densité de la population. Comment Montréal-Laval se compare avec d’autres régions urbaines densément peuplées ?  Une comparaison est effectuée dans le graphique suivant avec l’autre grande ville du Canada, Toronto, les villes américaines de Boston, Chicago et New York ainsi que les villes ou les régions européennes de Londres, Paris, Madrid et la Lombardie, la région la plus touchée en Italie, dont la capitale est Milan.

Il est ainsi possible de voir que parmi les régions urbaines comparées, seules New York et la Lombardie enregistrent des taux de mortalité par COVID-19 supérieurs à Montréal-Laval. Toronto, ville plus densément peuplée que Montréal, et ayant plus d’échanges de visiteurs, affiche la situation la plus enviable.

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