Surmortalité hebdomadaire en 2020 en lien avec la COVID-19 au Québec et ailleurs dans le monde. Mise à jour du 14 janvier

Voir également : Cas et décès liés à la COVID-19 au Québec : comparaisons nord-américaines et internationales

En résumé

En date du 20 décembre, la pandémie de COVID-19 se traduit au Québec par une surmortalité en 2020 par rapport aux 5 années précédentes de 12 %. Cet excès atteint 22 % dans la région de Montréal-Laval. Durant les semaines où la pandémie a atteint son pic au printemps, la surmortalité a atteint 64 % dans l’ensemble du Québec et 193 % à Laval-Montréal. Durant l’été, lorsque les décès par COVID étaient très faibles, le Québec a continué d’afficher une surmortalité par rapport aux années antérieures. Par contre, le territoire combinant Montréal et Laval a bénéficié pendant 8 semaines consécutives d’une sous-mortalité. Depuis le début de la deuxième vague, le sommet au Québec se situe à 16 % au début de décembre. Pendant plusieurs semaines, à l’automne, la surmortalité a dépassé le nombre de décès par COVID, laissant croire que le surplus de décès ne s’expliquerait pas uniquement par des décès de personnes ayant le virus. Les semaines les plus récentes montrent que les décès par COVID dépassent les décès excédentaires.

Parmi les pays comparés  il y en a quatre qui affichent une surmortalité plus élevée que le Québec, l’Espagne, les États-Unis, la Belgique et le Royaume-Uni. Tous les pays comparés sont touchés par la deuxième vague mais à des niveaux différents.

1. Introduction
2. Surmortalité au Québec
3. Surmortalité : Québec comparé à certains pays

1. Introduction

Dans le contexte de la pandémie de COVID-19 au Québec, l’Institut de la statistique du Québec a débuté au printemps la diffusion du nombre de décès hebdomadaires, toutes causes confondues, pour l’année 2020 ainsi que pour les 10 années précédentes. Les données de l’année 2020 sont mises à jour à toutes les deux semaines et le décalage entre la date de diffusion et la date la plus récente couverte par les données est d’environ quatre semaines. Les données diffusées sont disponibles pour le Québec, dans son ensemble, pour trois groupes d’âge, 0-49 ans, 50-69 ans , 70 ans et plus, ainsi que pour trois regroupements de régions, Montréal et Laval ; Lanaudière, Laurentides et Montérégie; autres régions. Dans le cas des regroupements des régions, le délai entre la date de diffusion et la date la plus récente couverte par les données est de sept semaines. Les données sont corrigées pour tenir compte des délais dans la réception et le traitement des bulletins de décès. Les facteurs de corrections sont plus importants pour les semaines les plus récentes pour lesquelles les données sont ainsi moins précises.

Au début de la pandémie, lorsqu’il a été observé que dans plusieurs pays, le nombre déclaré de décès par COVID-19 semblait sous-estimer fortement la réalité observée sur le terrain, plusieurs agences et médias ont commencé à s’intéresser aux nombres de décès hebdomadaires pour l’année 2020 et à les comparer aux nombres de décès pour les mêmes semaines lors des années précédentes. Généralement en l’absence d’événements majeurs, le nombre de décès d’une année à l’autre augmente légèrement à la suite de l’accroissement de la population ainsi que du vieillissement de la structure par âge, et permet de prévoir le nombre attendu de décès durant l’année en cours. Durant une pandémie, comme celle de la COVID-19, la différence entre le nombre observé et le nombre attendu, permet de mesurer la surmortalité attribuable à cette pandémie. Les informations sur la surmortalité peuvent aussi permettre de mesurer l’ampleur de la mortalité associée à d’autres phénomènes tels que la grippe saisonnière ou la crise du fentanyl.

Pour faire cet exercice, les données hebdomadaires de 2020 sont comparées à celles des cinq années précédentes, 2015 à 2019. La surmortalité entre les décès de 2020 et la moyenne de 2015-2019 est calculée en nombre absolu et en pourcentage. Durant la période de pandémie, qui débute en mars pour le Québec, la surmortalité est comparée au nombre de décès par COVID-19. Ceci permet d’évaluer le taux de couverture des décès par COVID-19.

Les données du Québec sont comparées à celles de 8 pays, dont 6 présentent avec le Québec les taux cumulés de mortalité par COVID-19 parmi les plus élevés au monde : Belgique, Espagne, États-Unis, France, Royaume-Uni et Suède. Deux autres pays ayant au contraire, des taux très faibles, ont été ajoutés, l’Allemagne et le Danemark. Les données sur les décès par semaine pour ces pays proviennent d’Eurostat pour l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la France, le Royaume-Uni et la Suède, et des Centers for Disease Control and Prevention pour les États-Unis. Il est à noter que les dates des semaines pour lesquelles les données sont disponibles varient d’un pays à l’autre. Pour l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la France et la Suède, les semaines sont définies selon la norme ISO 8601 et couvrent le lundi au dimanche alors que pour les États-Unis et le Québec, ce sont les semaines définies par le CDC qui s’étendent du dimanche au samedi. Le Royaume-Uni constitue un cas à part. Pour l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord, les semaines commencent le samedi et se terminent le vendredi. Pour l’Écosse, les semaines vont du lundi au dimanche. Et contrairement aux autres pays, dont les données sont diffusées selon la date de survenue, celles sur le Royaume-Uni se rapportent aux dates d’enregistrement.

Tous les pays étudiés ici subissent un vieillissement marqué de la population. Le nombre de décès tend donc a augmenter légèrement d’une année à l’autre, à la suite de ce vieillissement mais aussi à cause de l’augmentation de la population. Dans l’analyse de l’évolution de la mortalité, les taux ajustés selon l’âge sont fréquemment utilisés afin d’éliminer l’effet de ces deux facteurs. Pour l’analyse des écarts de de la mortalité dans le temps, cette approche peut être préconisée, comme l’a fait d’ailleurs l’Office for National Statistics du Royaume-Uni dans une étude récente portant sur les pays européens. Les données diffusées par l’Institut de la statistique du Québec pour le Québec ne permettent pas d’utiliser cette méthode et nous devons utiliser celle plus simple de comparer les décès hebdomadaires de 2020 à la moyenne des décès hebdomadaires des années précédentes. C’est cette méthode qui a été utilisée par Our World in Data.

2. Surmortalité au Québec

Le premier graphique présente l’évolution hebdomadaire depuis le début de l’année de la surmortalité en 2020 par rapport à la moyenne des décès des cinq dernières années ainsi que l’évolution hebdomadaire des décès par COVID-19. Jusqu’à la semaine se terminant le 21 mars, l’on ne dénote pas de tendances précises dans l’écart entre l’année 2020 et les années antérieures. À partir de la semaine du 28 mars, le nombre de décès excédentaires en 2020 évolue parallèlement à celui des décès par COVID-19. Pendant le pic de la pandémie, les décès par COVID-19 sont plus nombreux que la surmortalité.

Durant l’été, lorsque les décès par COVID-19 ont été peu nombreux, sauf durant la semaine se terminant le 4 juillet, il n’y a pas eu d’effet de moisson, où les décès auraient passé sous la moyenne des dernières années. En général, lorsqu’une population connait une hausse subite de la mortalité liée à un phénomène précis, comme une canicule ou une épidémie de grippe, on observe par la suite, une baisse des taux, puisque les personnes susceptibles de mourir sur une période de plusieurs mois décèdent plus rapidement, comme cela a été le cas pour la COVID.

Depuis le mois de septembre, on observe une hausse des décès par COVID-19 qui est accompagné, en parallèle, par une croissance de la surmortalité. Jusqu’en octobre, la surmortalité semble plus élevée que la mortalité par COVID-19, ce qui pourrait illustrer une hausse des décès associés au contexte de la COVID chez des personnes n’ayant pas le virus. Il peut s’agit ainsi des personnes en attente de chirurgies ou de suivis médicaux, tant pour des soins physiques que psychosociaux, reportés à cause de la place prise par les efforts consacrés à combattre la COVID-19, et de l’augmentation du personnel médical en congé de maladie. En novembre, avec une hausse plus marquée des décès par COVID-19, ceux-ci dépassent les décès excédentaires.

 

Comme le montre le graphique suivant, le cumul de la surmortalité et des décès par COVID-19 évoluent selon la même intensité jusqu’à la fin d’août. Durant les premiers mois de l’automne, la surmortalité s’est accrue plus rapidement que les décès par COVID alors que pour les dernières semaines, les deux courbes tendent à se rapprocher. En date du 19 décembre, la surmortalité en 2020 est supérieure de 227 décès à celui du nombre cumulé de décès liés à la COVID-19. Depuis le début de la pandémie, en mars, on compte 99 décès par COVID pour 100 décès excédentaires.

 

La surmortalité en 2020 par rapport aux années précédentes peut être représentée sous forme de pourcentage. Il est ainsi possible d’établir des comparaisons entre populations de différentes tailles. Ainsi, le graphique suivant présente les excès de décès en 2020 pour le Québec, dans son ensemble, ainsi que pour trois regroupements de régions, Montréal et Laval; Lanaudière, Laurentides et Montérégie; et les autres régions. Les données pour les régions couvrent 3 semaines de moins que celles pour l’ensemble du Québec.

Pendant deux semaines, s’étendant de la fin avril au début de mai, à l’échelle de l’ensemble du Québec, les décès observés en 2020 dépassent de plus de 60 % la moyenne des décès survenus les mêmes semaines pour les années 2015 à 2019. Pour Montréal-Laval, la surmortalité atteint un sommet de 190 %. Les régions combinées de Lanaudière, Laurentides et Montérégie présentent un pic de 50 % plus tard à la fin du mois de mai. Dans les autres régions, la surmortalité frôle le 20 % une fois lors de la première vague, à la fin mai, et à plusieurs reprises durant l’automne.

 

Seule la région Montréal-Laval présente une séquence de plusieurs semaines où les décès enregistrés en 2020 sont inférieures à la moyenne des années 2015-2019 durant la baisse des décès par COVID-19 survenue l’été passé. Cette séquence, qui s’étend sur 8 semaines consécutives, du début juillet à la fin d’août, pourrait s’apparenter à un effet de moisson. La séquence se termine au mois de septembre. Durant la deuxième vague, pour le Québec, dans son ensemble, la surmortalité se situe à un niveau bien inférieur à celui observé au printemps dernier mais tend à se prolonger sur une plus longue période. Pour l’ensemble des régions autres que celles de Montréal, Laval, Lanaudière, Laurentides et Montérégie, la surmortalité est plus importante lors de la deuxième vague.

 

La surmortalité cumulée en date du 28 novembre se situe à 22 % à Montréal-Laval comparée à 12 % pour l’ensemble du Québec et pour Lanaudière-Laurentides-Montérégie et 7 % pour les autres régions.

 

Statistique Canada a récemment publié des données sur les causes de décès selon la semaine, par province, pour l’année en cours jusqu’à la fin octobre. Les données semblent relativement complètes jusqu’à la semaine du 19 septembre. Par la suite, les données sont plus partielles et les nombres chutent drastiquement.

Ces données permettent ainsi de comparer l’évolution des différentes causes de décès en 2019 et 2020 jusqu’à l’apparition des décès par COVID-19. Ainsi le graphique suivant montre bien que lors de la première vague de la pandémie, les décès par COVID (en rouge sur le graphique) se sont ajoutés aux autres décès et ont entraîné une forte surmortalité. Bien que les décès par COVID ont précipité la mort de nombreuses personnes en fin de vie en CHSLD, les décès des deux premières causes de décès, les tumeurs et les maladies du cœur n’ont pas diminué pendant les semaines où la pandémie était à son pic.

 

Les données de Statistique Canada permettent également de voir la répartition en 2020, jusqu’à la mi-septembre, des différentes causes de décès. Les catégories retenues par Statistique Canada  ne sont pas très détaillées et ne permettent pas de comparer des causes importantes comme les tumeurs malignes du poumon. Parmi les causes retenues, la COVID-19 constitue, avec 12 % des décès, la troisième cause de décès après les tumeurs, 29 % et les maladies du cœur, 16 %.

L’importance relative des décès par COVID par rapport à l’ensemble des décès en 2020 jusqu’à la semaine du 19 septembre, qui est de 11,5 %, correspond pratiquement au pourcentage cumulé de surmortalité à cette date qui s’établit à 12,9 %.

3. Surmortalité : Québec comparé à certains pays

La surmortalité en 2020 par rapport aux années précédentes permet de comparer l’impact de la pandémie sur la mortalité entre les pays, malgré les couvertures inégales des décès par COVID-19. Il est ainsi possible de mieux définir le calendrier de la pandémie spécifique à chaque pays. Le Québec se distingue des pays comparés en ayant connu son sommet de surmortalité plus tard, soit à la fin avril, début mai plutôt qu’au milieu d’avril.

L’Allemagne et le Danemark affichent les sommets les plus faibles. Le pic le plus élevé est observé pour l’Espagne, 156 %, puis pour le Royaume-Uni, 109 % et la Belgique, 105 %. Au Québec, lors de la semaine se terminant le 2 mai, l’excès de mortalité atteint 63 %. Les États-Unis présentent une pointe plus faible, 45 %, mais constitue le seul l’endroit où la surmortalité s’est maintenue à un niveau élevé, sans pause, depuis le début de la pandémie.

L’examen des données depuis le début du mois de juin montre des situations particulières. Tout d’abord, les États-Unis affichent une surmortalité importante de mortalité sur l’ensemble de la période. Après les États-Unis, l’Espagne est le premier pays à rapporter une reprise de la surmortalité. La Belgique, après avoir vu les décès de 2020 passer sous la moyenne de 2015-2019, enregistre un premier pic hebdomadaire de surmortalité de 50 % à la mi-août et un deuxième pic de 82 % au début novembre. La France, au début novembre, le Royaume-Uni, à la mi-novembre et l’Allemagne, à la fin novembre, atteignent un sommet depuis le début de la deuxième vague. La Suède, pendant 9 semaines consécutives, est le seul pays à afficher une longue séquence de sous-mortalité. Durant les semaines suivantes, la surmortalité a repris et se maintient autour de 20 %. Pour la semaine la plus récente, se terminant le 19 décembre, le Danemark affiche, après les États-Unis, la plus forte surmortalité. Le Québec, la France et le Royaume-Uni présentent les niveaux les plus faibles.

 

Le graphique suivant présente, pour le Québec et chaque pays, le cumul des excès hebdomadaires depuis le début de l’année. L’Espagne cumule la surmortalité la plus forte, 19 %. Suivent les États-Unis, avec une surmortalité de 18 %, la Belgique, 15 %, le Royaume-Uni, 13 % et le Québec, 12 %. L’Allemagne et le Danemark affichent des surmortalités cumulées inférieures à 4 %.

 

Dans les prochains graphiques, pour chaque pays, la surmortalité de 2020 ainsi que la mortalité par COVID-19 sont présentées sous forme de taux. Il est ainsi possible de comparer l’ampleur des deux types de mortalité entre chaque pays et d’illustrer l’écart entre la surmortalité et la mortalité par COVID-19.

 

Pour deux pays, l’Espagne, et le Royaume-Uni, durant la période de pointe de la pandémie, le taux d’excès de décès de 2020 dépasse largement le taux de mortalité par COVID-19. Pour le Québec, la France et la Suède, les deux courbes présentent peu de différences. Plusieurs pays, dont la Belgique et l’Allemagne, affichent, à l’automne, des soubresauts dans les excès de décès, qui ne s’observent pas pour les décès par COVID-19. En Allemagne, les données de surmortalité semblent démontrer une sous-estimation importante des décès par COVID. L’impact de la COVID y serait cependant moins fort que dans les autres pays.

Les pays qui affichent les meilleurs ratios de décès par COVID-19 pour 100 décès excédentaires sont le Québec, 0,99, la Belgique, 1,06 et la France, 0,91. En Suède, les décès par COVID surpassent la surmortalité par 25 %. À l’inverse, les décès par COVID représentent moins des deux tiers du nombre de décès excédentaires en Allemagne, 56 %, en Espagne, 59 % et aux États-Unis, 65 %.

Enfin, les deux derniers graphiques présentent, en date du 28 novembre 2020, date la plus récente pour laquelle les données sont disponibles pour tous les pays comparés, les taux cumulés de mortalité par COVID-19 et de surmortalité pour le Québec et les différents pays comparés. La position change pour certains pays. Ainsi, le Québec passe du 6e rang pour le taux de mortalité par  COVID au 4e rang pour le taux de surmortalité. Les États-Unis montre le changement inverse, passant du 5e rang pour le taux de mortalité au 7e rang pour le taux de surmortalité. L’Espagne et le Royaume-Uni ne changent que d’un seul rang, d’un taux à l’autre, mais l’écart est très grand entre les deux taux.

Les commentaires sont fermés