Excès hebdomadaires de décès en 2020 en lien avec la COVID-19 au Québec et ailleurs dans le monde. Mise à jour du 8 octobre

Voir également : Mortalité par COVID-19 au Québec : comparaisons nord-américaines et internationales

En résumé

En date du 12 septembre, la pandémie de COVID-19 se traduit au Québec par un excès de décès en 2020 par rapport aux 5 années précédentes de 13 %. Cet excès atteint 31 % dans la région de Montréal-Laval. Durant les semaines où la pandémie a atteint son pic, l’excès a atteint 64 % dans l’ensemble du Québec et 193 % à Laval-Montréal.

Certains pays ont été plus touchés que le Québec, dont l’Espagne, le Royaume-Uni et les États-Unis. De même, les villes de New York et de Madrid montrent des excès plus importants qu’à Montréal-Laval. Les données illustrent bien que même si la mortalité par COVID-19 est presque nulle durant les semaines les plus récentes, le nombre de décès demeure dans certains cas supérieur aux années précédentes. Sauf peut-être pour la Suède et la région de Montréal-Laval, l’on ne constate pas d’effet de moisson dans les pays comparés, où une période intense de mortalité touchant les personnes les plus vulnérables est suivie par une baisse importante des décès

2. Excès de décès au Québec
3. Excès de décès : Québec comparé aux pays à forte mortalité par COVID-19
4. Excès de décès : Montréal-Laval comparée aux grandes villes à forte mortalité par COVID-19

1. Introduction

Dans le contexte de la pandémie de COVID-19 au Québec, l’Institut de la statistique du Québec a débuté au printemps la diffusion du nombre de décès hebdomadaires, toutes causes confondues, pour l’année 2020 ainsi que pour les 10 années précédentes. Les données de l’année 2020 sont mises à jour à toutes les deux semaines et le décalage entre la date de diffusion et la date la plus récente couverte par les données est d’environ quatre semaines. Les données diffusées sont disponibles pour le Québec, dans son ensemble, pour trois groupes d’âge, 0-49 ans, 50-69 ans , 70 ans et plus, ainsi que pour trois regroupements de régions, Montréal et Laval ; Lanaudière, Laurentides et Montérégie; autres régions. Dans le cas des regroupements de régions, le délai entre la date de diffusion et la date la plus récente couverte par les données est de sept semaines. Les données sont corrigées pour tenir compte des délais dans la réception et le traitement des bulletins de décès. Les facteurs de corrections sont plus importants pour les semaines les plus récentes pour lesquelles les données sont ainsi moins précises.

Au début de la pandémie, lorsqu’il a été observé que dans plusieurs pays, le nombre déclaré de décès par COVID-19 semblait sous-estimer fortement la réalité observée sur le terrain, plusieurs agences et médias ont commencé à s’intéresser aux nombres de décès hebdomadaires pour l’année 2020 et à comparer aux nombres de décès pour les mêmes semaines lors des années précédentes. Généralement en l’absence d’événements majeurs, le nombre de décès d’une année à l’autre varie peu, et permet de prévoir le nombre attendu de décès durant l’année en cours. Durant une pandémie, comme celle de la COVID-19, la différence entre le nombre observé et le nombre attendu, permet de mesurer l’excès de mortalité attribuable à cette pandémie. Les information sur les écarts de décès peuvent aussi permettre de mesurer l’ampleur de la mortalité associée à d’autres phénomènes tels que la grippe saisonnière ou la crise du fentanyl.

Pour faire cet exercice, dans un contexte où la population du Québec vieillit rapidement, les données hebdomadaires de 2020 sont comparées à celles des cinq années précédentes, 2015 à 2019. L’écart entre les décès de 2020 et la moyenne de 2015-2019 est calculé en nombre absolu et en pourcentage. Durant la période de pandémie, qui débute en mars pour le Québec, l’excès de décès est comparé au nombre de décès par COVID-19. Ceci permet d’évaluer le taux de couverture des décès par COVID-19.

Les données du Québec sont comparées à celles des 7 pays industrialisés présentant les taux les plus élevés de COVID-19 : Belgique, Espagne, États-Unis, France, Italie, Royaume-Uni et Suède. Les données sur les décès par semaine pour ces pays proviennent d’Eurostat pour la Belgique, l’Espagne, la France, l’Italie et la Suède, des Centers for Disease Control and Prevention pour les États-Unis et de l’Office for National Statistics,  du National Record of Scotland et du Northern Ireland Statistics and Research Agency pour le Royaume-Uni. Il est à noter que les dates des semaines pour lesquelles les données sont disponibles varient d’un pays à l’autre. Pour la Belgique, l’Espagne, la France, l’Italie et la Suède, les semaines sont définies selon la norme ISO 8601 et couvrent le lundi au dimanche alors que pour les États-Unis et le Québec, ce sont les semaines définies par le CDC qui s’étendent du dimanche au samedi. Le Royaume-Uni constitue un cas à part. Pour l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord, les semaines commencent le samedi et se terminent le vendredi. Pour l’Écosse, les semaines vont du lundi au dimanche. Et contrairement aux autres pays, dont les données sont diffusées selon la date de survenue, celles sur le Royaume-Uni se rapportent aux dates d’enregistrement.

Tous les pays étudiés ici subissent un vieillissement marqué de la population. Le nombre de décès tend donc a augmenter légèrement d’une année à l’autre, à la suite de ce vieillissement mais aussi à cause de l’augmentation de la population. Dans l’analyse de l’évolution de la mortalité, les taux ajustés selon l’âge sont fréquemment utilisés afin d’éliminer l’effet de ces deux facteurs. Pour l’analyse des écarts de de la mortalité dans le temps, cette approche peut être préconisée, comme l’a fait d’ailleurs l’Office for National Statistics du Royaume-Uni dans une étude récente portant sur les pays européens. Les données diffusées par l’Institut de la statistique du Québec pour le Québec ne permettent pas d’utiliser cette méthode et nous devons utiliser celle plus simple de comparer les décès hebdomadaires de 2020 à la moyenne des décès hebdomadaires des années précédentes. C’est cette méthode qui a été utilisée par Our World in Data.

2. Excès de décès au Québec

Le premier graphique présente l’évolution hebdomadaire depuis le début de l’année de l’écart entre le nombre de décès en 2020 et la moyenne des décès des cinq dernières années ainsi que des décès par COVID-19. Jusqu’à la semaine se terminant le 21 mars, l’on ne dénote pas de tendances précises dans l’écart entre l’année 2020 et les années antérieures. À partir de la semaine du 28 mars, le nombre de décès excédentaires en 2020 évolue parallèlement à celui des décès par COVID-19. Pendant le pic de la pandémie, les décès par COVID-19 sont plus nombreux que les décès excédentaires.

Pour les dernières semaines, à l’exception de celle se terminant le 4 juillet et celle se terminant le 25 juillet, l’écart ne passe pas en zone négative, comme l’on aurait pu s’y attendre avec le nombre très faible de décès par COVID-19. Étant donné qu’une proportion importante de décès par COVID-19 est survenue en CHSLD chez des personnes en fin de vie, on pourrait penser que la pandémie aurait fait devancer de quelques jours ou semaines de nombreux décès. Ce phénomène est appelé effet de moisson et est suivi d’un creux dans les décès car les personnes susceptibles de mourir sont mortes plus rapidement. Comme ce creux a été faible et limité dans le temps, on ne peut conclure pour le moment que l’effet de moisson est survenu pour le Québec, dans son ensemble.

Comme le montre le graphique suivant, le cumul des décès excédentaires de 2020 et des décès par COVID-19 évoluent selon la même intensité. On remarque pour les dernières semaines une croissance plus rapide des décès excédentaires que décès par COVID. En date du 12 septembre, l’excès cumulé de décès pour 2020 est supérieur de 487 décès  à celui du nombre cumulé pour la COVID-19.

 

Les écarts de décès entre 2020 et les années précédentes peuvent être illustrés sous forme de pourcentage. Il est ainsi possible d’établir des comparaisons entre populations de différentes tailles. Ainsi, le graphique suivant présente les excès de décès en 2020 pour le Québec, dans son ensemble, ainsi que pour trois regroupements de régions, Montréal et Laval; Lanaudière, Laurentides et Montérégie; et les autres régions. Les données pour les régions couvrent 3 semaines de moins que celles pour l’ensemble du Québec.

Pendant deux semaines, s’étendant de la fin avril au début de mai, à l’échelle de l’ensemble du Québec les décès observés en 2020 dépassaient de plus de 60 % la moyenne des décès survenus les mêmes semaines pour les années 2015 à 2019. Pour Montréal-Laval, l’excès a atteint un sommet de 190 %. Les régions combinées de Lanaudière, Laurentides et Montérégie ont atteint un pic de 50 % plus tard à la fin du mois de mai. Dans les autres régions, le pic n’a pas dépassé 20 %.

 

Seule la région Montréal-Laval présente une séquence de plusieurs semaines où les décès enregistrées en 2020 sont inférieures à la moyenne des années 2015-2019. Cette séquence, qui s’étend sur 7 semaines, pourrait s’apparenter à un effet de moisson. Les prochaines mises à jour nous permettront de voir si les données partielles pour la semaine du 22 août, qui interrompent la séquence, seront corrigées par une autre baisse.

Les excès de décès cumulés en date du 22 août se situent à 31 % à Montréal-Laval comparés à 14 % pour l’ensemble du Québec, 12 % pour Lanaudière-Laurentides-Montérégie et à seulement 4 % pour les autres régions.

 

3. Excès de décès : Québec comparé aux pays à forte mortalité par COVID-19

Les écarts de mortalité en 2020 par rapport aux années précédentes permettent de comparer l’impact de la pandémie sur la mortalité entre les pays, malgré les couvertures inégales des décès par COVID-19. Il est ainsi possible de mieux définir le calendrier de la pandémie spécifique à chaque pays. L’Italie constitue le premier pays à atteindre un sommet dans l’excès de mortalité à la fin mars, suivi de l’Espagne et de la France, au début avril puis de la Suède et de la Belgique, à la mi-avril. Au Québec, le pic de l’excès de mortalité a été atteint au début de mai.

Les États-Unis affichent le pic le plus faible, 46 %, mais constitue le pays pour lequel la phase active de la pandémie dure le plus longtemps. Le pic le plus élevé est observé pour l’Espagne, 154 %, puis pour le Royaume-Uni, 108 % et la Belgique, 104 %. Au Québec, lors de la semaine se terminant le 2 mai, l’excès de mortalité atteint 64 %.

L’examen des données pour les dernières semaines montrent des situations particulières. Tout d’abord, les États-Unis continuent à afficher un excès important de mortalité jusqu’à la fin de septembre. Puis, l’Espagne se situe en zone d’excès au cours des 14 dernières semaines. La Belgique, après avoir vu les décès de 2020 passer sous la moyenne de 2015-2019, enregistre un excès de plus de 50 % à la mi-août. La France et le Québec se retrouvent également plus souvent en zone excédentaire qu’en zone de creux. En fait, seule la Suède enregistre une tendance à une diminution des décès en 2020 par rapport aux années précédentes après être sortie de la première phase de la pandémie.

 

Le graphique suivant présente, pour chacun des pays, le cumul des excès hebdomadaires depuis le début de l’année. L’Espagne cumule les excès les plus importants de décès en 2020 par rapport aux 5 années précédentes, 17 %. Suivent les États-Unis avec des excès de 16 %. Le Québec se positionne au troisième rang avec un excès de 13 %. La France et la Suède affichent les excès cumulés les plus faible, 5 %.

 

Dans les prochains graphiques, pour chaque pays, la mortalité excédentaire de 2020 et celle par COVID-19 sont présentées sous forme de taux. Il est ainsi possible de comparer l’ampleur des deux types de mortalité entre chaque pays et d’illustrer l’écart entre la mortalité excédentaire et la mortalité par COVID-19.

Pour trois pays, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni, durant la période de pointe de la pandémie, le taux d’excès de décès de 2020 dépasse largement le taux de mortalité par COVID-19. Pour le Québec, la Belgique, la France et la Suède, les deux courbes présentent peu de différences. Plusieurs pays affichent, durant les dernières semaines, des soubresauts dans les excès de décès, qui ne semblent pas correspondre à des décès par COVID-19.

4. Excès de décès : Montréal-Laval comparée aux grandes villes à forte mortalité par COVID-19

Enfin, il est possible de comparer les écarts de décès pour 2020 pour la région Montréal-Laval à ceux observés dans d’autres grandes villes du monde. Les villes comparées à Montréal-Laval sont celles représentant les épicentres des pays analysés précédemment. Si Montréal-Centre semble afficher un excès de décès important durant les semaines du pic de la pandémie, plusieurs villes montrent des excès encore plus importants lors de ces semaines. La ville de New York constitue le cas le plus extrême avec un excès de plus de 600 % au mois d’avril. Madrid, 455 %, Londres, 236 %, ainsi que Bruxelles, 205 % enregistrent également des excès qui dépassent la pointe de 193 % observée à Montréal-Laval.

 

Les écarts cumulés depuis le début de l’année montrent que Montréal-Laval se retrouvent au troisième rang avec un excès de décès de 31 % en date du 22 août, devancée seulement par New York avec un excès à la même date de 76 % et Madrid avec un excès de 50 %. Pour ces deux villes, en date du 26 septembre, les excès sont respectivement de 67 % et de 47 %. Paris et Bruxelles montrent les valeurs les plus faibles, grâce à un début d’année avec des écart de décès fortement négatifs.

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