Surmortalité hebdomadaire en 2020 et 2021 en lien avec la COVID-19 au Québec et ailleurs dans le monde

Mise à jour du 4 novembre 2021

En résumé

Pour l’ensemble de l’année 2020, la pandémie de COVID-19 se traduit au Québec par une surmortalité globale de 10 % par rapport à la moyenne des 5 années précédentes. Cet excès atteint 16 % dans la région de Montréal-Laval. Durant les semaines où la pandémie a atteint son pic au printemps, la surmortalité a culminé à 60 % dans l’ensemble du Québec et à 175 % à Laval-Montréal. Durant l’été, lorsque les décès par COVID étaient très faibles, le Québec a continué d’afficher une surmortalité par rapport aux années antérieures. Par contre, le territoire combinant Montréal et Laval a bénéficié pendant 11 semaines consécutives d’une sous-mortalité.

Depuis le début de 2021, les décès par COVID dépassent largement la surmortalité. De plus, depuis le mois de février, le nombre de décès hebdomadaires est inférieur ou comparable à la moyenne des années 2015 à 2019. Dans la région de Montréal-Laval, la mortalité cumulée pour l’année 2021 en date du 18 septembre est inférieure de 9 % à celle de la moyenne de 2015 à 2019.

Parmi les pays comparés  il y en a quatre qui affichent une surmortalité cumulée à la fin de l’année 2020 plus élevée que le Québec : l’Espagne, les États-Unis, la Belgique et le Royaume-Uni. Pour l’année 2021, en date du 25 septembre, deux pays rapportent une légère sous-mortalité, la Suède et la Belgique. Le Québec se classe au troisième rang avec une sous-mortalité presque nulle.

Enfin, la pandémie de la COVID a entrainé en 2020 une baisse de 0,4 an chez les hommes et de 0,6 an chez les femmes par rapport à 2019. Parmi les pays comparés, seul le Danemark présente une légère hausse. La Belgique, l’Espagne et les États-Unis rapportent, tant chez les hommes que chez les femmes, une baisse supérieure à 1 an.  Les États-Unis montrent les plus fortes, 2,2 ans chez les hommes et 1,7 ans chez les femmes.

1. Introduction
2. Surmortalité au Québec
3. Surmortalité : Québec comparé à certains pays
4. Variation de l’espérance de vie entre 2019 et 2020 : Québec comparé à certains pays   3 octobre 2021

1. Introduction

Dans le contexte de la pandémie de COVID-19 au Québec, l’Institut de la statistique du Québec a débuté au printemps la diffusion du nombre de décès hebdomadaires, toutes causes confondues, pour l’année 2020 ainsi que pour les 10 années précédentes. Les données de l’année 2020 sont mises à jour à toutes les deux semaines et le décalage entre la date de diffusion et la date la plus récente couverte par les données est d’environ quatre semaines. Les données diffusées sont disponibles pour le Québec, dans son ensemble, ainsi que pour trois regroupements de régions, Montréal et Laval ; Lanaudière, Laurentides et Montérégie; autres régions. Dans le cas des regroupements des régions, le délai entre la date de diffusion et la date la plus récente couverte par les données est de sept semaines. Les données sont corrigées pour tenir compte des délais dans la réception et le traitement des bulletins de décès. Les facteurs de corrections sont plus importants pour les semaines les plus récentes pour lesquelles les données sont ainsi moins précises.

Au début de la pandémie, lorsqu’il a été observé que dans plusieurs pays, le nombre déclaré de décès par COVID-19 semblait sous-estimer fortement la réalité observée sur le terrain, plusieurs agences et médias ont commencé à s’intéresser aux nombres de décès hebdomadaires pour l’année 2020 et à les comparer aux nombres de décès pour les mêmes semaines lors des années précédentes. Généralement en l’absence d’événements majeurs, le nombre de décès d’une année à l’autre augmente légèrement à la suite de l’accroissement de la population ainsi que du vieillissement de la structure par âge, et permet de prévoir le nombre attendu de décès durant l’année en cours. Durant une pandémie, comme celle de la COVID-19, la différence entre le nombre observé et le nombre attendu, permet de mesurer la surmortalité attribuable à cette pandémie. Les informations sur la surmortalité peuvent aussi permettre de mesurer l’ampleur de la mortalité associée à d’autres phénomènes tels que la grippe saisonnière ou la crise du fentanyl.

Pour faire cet exercice, les données hebdomadaires de 2020 et 2021 sont comparées à celles des cinq années précédentes, 2015 à 2019. La surmortalité entre, d’une part les décès de 2020 et 2021, et, d’autre part, la moyenne de 2015-2019 est calculée en nombre absolu et en pourcentage. Durant la période de pandémie, qui débute en mars pour le Québec, la surmortalité est comparée au nombre de décès par COVID-19. Ceci permet d’évaluer le taux de couverture des décès par COVID-19. Les données de l’année 2021, comme celles de l’année 2020, sont comparées à celles de la période 2015-2019 plutôt qu’avec les décès de la période 2016-2020 car 2020 ne constitue pas une année « normale » de référence.

Les données du Québec sont comparées à celles de 8 pays, dont 6 présentent avec le Québec des taux cumulés de mortalité par COVID-19 parmi les plus élevés au monde : Belgique, Espagne, États-Unis, France, Royaume-Uni et Suède. Deux autres pays ayant au contraire, des taux très faibles, ont été ajoutés, l’Allemagne et le Danemark. Les données sur les décès par semaine pour ces pays proviennent d’Eurostat pour l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la France et la Suède, des Centers for Disease Control and Prevention pour les États-Unis et à partir des organismes anglais et gallois, écossais et nord-irlandais pour le Royaume-Uni. Il est à noter que les dates des semaines pour lesquelles les données sont disponibles varient d’un pays à l’autre. Pour l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la France et la Suède, les semaines sont définies selon la norme ISO 8601 et couvrent le lundi au dimanche alors que pour les États-Unis et le Québec, ce sont les semaines définies par le CDC qui s’étendent du dimanche au samedi. Le Royaume-Uni constitue un cas à part. Pour l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord, les semaines commencent le samedi et se terminent le vendredi. Pour l’Écosse, les semaines vont du lundi au dimanche. Et contrairement aux autres pays, dont les données sont diffusées selon la date de survenue, celles sur le Royaume-Uni se rapportent aux dates d’enregistrement.

Tous les pays étudiés ici subissent un vieillissement marqué de la population. Le nombre de décès tend donc a augmenter légèrement d’une année à l’autre, à la suite de ce vieillissement mais aussi à cause de l’augmentation de la population. Dans l’analyse de l’évolution de la mortalité, les taux ajustés selon l’âge sont fréquemment utilisés afin d’éliminer l’effet de ces deux facteurs. Pour l’analyse des écarts de de la mortalité dans le temps, cette approche peut être préconisée, comme l’a fait d’ailleurs l’Office for National Statistics du Royaume-Uni dans une étude récente portant sur les pays européens. Les données diffusées par l’Institut de la statistique du Québec pour le Québec ne permettent pas d’utiliser cette méthode et nous pouvons seulement ajuster les résultats en fonction de l’augmentation de la population. Cet ajustement fait en sorte que les données présentées dans cette mise à jour diminuent la surmortalité par rapport aux mises à jour antérieures. Par exemple, la surmortalité cumulée pour le Québec pour l’ensemble de l’année 2020 passe de 13 % avant l’ajustement à 10 % après.

2. Surmortalité au Québec

Le premier graphique présente l’évolution hebdomadaire de la surmortalité en 2020 et en 2021 par rapport à la moyenne des décès des années 2015-2019 ainsi que l’évolution hebdomadaire des décès par COVID-19. Jusqu’à la semaine se terminant le 21 mars 2020, l’on ne dénote pas de tendances précises dans l’écart entre l’année 2020 et les années antérieures. À partir de la semaine du 28 mars, le nombre de décès excédentaires en 2020 évolue parallèlement à celui des décès par COVID-19. Pendant le pic de la première vague de la pandémie, les décès par COVID-19 sont plus nombreux que la surmortalité.

Durant l’été 2020, lorsque les décès par COVID-19 ont été peu nombreux, sauf durant la semaine se terminant le 4 juillet, il n’y a pas eu d’effet de moisson, où les décès seraient passés sous la moyenne des dernières années. En général, lorsqu’une population connait une hausse subite de la mortalité liée à un phénomène précis, comme une canicule ou une épidémie de grippe, on observe par la suite, une baisse des taux, puisque les personnes susceptibles de mourir sur une période de plusieurs mois décèdent plus rapidement, comme cela a été le cas pour la COVID.

Au début de la deuxième vague, en septembre 2020 jusqu’à la fin novembre, la montée des décès par COVID est accompagnée par une hausse saccadée de la surmortalité. À partir de novembre, on dénote un décalage dans l’évolution des deux courbes. La surmortalité commence à diminuer bien avant les décès par COVID. Lors des deux dernières vagues au printemps et à l’automne 2021, les courbes de décès par COVID ont eu tendance à évoluer en sens opposés.

 

La surmortalité en 2020 et en 2021 par rapport aux années précédentes peut être représentée sous forme de pourcentage. Il est ainsi possible d’établir des comparaisons entre populations de différentes tailles. Ainsi, le graphique suivant présente les excès de décès en 2020 et en 2021 pour le Québec, dans son ensemble, ainsi que pour trois regroupements de régions, Montréal et Laval; Lanaudière, Laurentides et Montérégie; et les autres régions. Les données pour les régions couvrent 3 semaines de moins que celles pour l’ensemble du Québec et se terminent le 18 septembre 2021.

Au printemps 2020, durant deux semaines, s’étendant de la fin avril au début de mai, à l’échelle de l’ensemble du Québec, les décès observés en 2020 dépassent de près de 60 % la moyenne des décès survenus les mêmes semaines pour les années 2015 à 2019. Pour Montréal-Laval, la surmortalité atteint un sommet de 175 %. Les régions combinées de Lanaudière, Laurentides et Montérégie présentent un pic de 50 % plus tard à la fin du mois de mai. Dans les autres régions, la surmortalité frôle le 20 % une fois lors de la première vague, à la fin mai, et à plusieurs reprises depuis le mois de septembre.

Seule la région Montréal-Laval présente à la fin de la première vague, une séquence de plusieurs semaines où les décès enregistrés en 2020 sont inférieurs à la moyenne des années 2015-2019, du début juillet à la fin d’août. Durant la deuxième vague, pour le Québec, dans son ensemble, la surmortalité se situe à un niveau bien inférieur à celui observé au printemps dernier mais tend à se prolonger sur une plus longue période. Pour l’ensemble des régions autres que celles de Montréal, Laval, Lanaudière, Laurentides et Montérégie, la surmortalité est plus importante lors de la deuxième vague. Curieusement, la région combinant Montréal et Laval présente durant la deuxième vague une sous-mortalité qui s’étend sur huit semaines. Depuis le début de l’année 2021, les régions autres présentent un pic de 15 % durant la première semaine de janvier et les régions combinées de Lanaudière, Laurentides et Montérégie un sommet de 17 % en février. Par la suite, l’on dénote une tendance de sous-mortalité à Montréal-Laval et une mortalité dans la moyenne des années passées pour les autres régions.

 

Le prochain graphique compare pour la région de Montréal-Laval l’évolution hebdomadaire de la surmortalité à celle des décès par COVID. On peut observer qu’en général, les décès par COVID dépassent la surmortalité. Durant, la deuxième vague, la pointe de décès par COVID observée dans les deux régions à la fin du mois de janvier n’a pas entraîné de surmortalité par rapport à la moyenne de 2015-2019. En fait, depuis juin 2020, l’on n’observe pas de semaines où les décès hebdomadaires présentent une forte surmortalité par rapport à la moyenne des années passées. Depuis la mi-mars, les décès par COVID sont très faibles alors que les décès hebdomadaires affiches semaines après semaines une légère sous-mortalité par rapport à la moyenne des années 2015 à 2019.

 

La surmortalité cumulée à la fin de l’année 2020 se situe à 15 % à Montréal-Laval comparée à 10 % pour l’ensemble du Québec et Lanaudière-Laurentides-Montérégie et 6 % pour les autres régions.

 

Depuis le début de l’année 2021, à l’échelle de l’ensemble du Québec, la surmortalité qui se situait à 7,3 % est passé à 0,2 % à la mi-septembre. À Montréal-Laval, à la mi-septembre, l’on observe une sous-mortalité cumulée de 9 %. Dans le regroupement Lanaudière, Laurentides et Montérégie, la surmortalité est de 2 % alors que dans les autres régions, la mortalité cumulée est supérieure de 5 % à la moyenne des années 2015 à 2019.

 

3. Surmortalité : Québec comparé à certains pays

La surmortalité en 2020 et en 2021 par rapport aux années précédentes permet de comparer l’impact de la pandémie sur la mortalité entre les pays, malgré les couvertures inégales des décès par COVID-19. Il est ainsi possible de mieux définir le calendrier de la pandémie spécifique à chaque pays. Le Québec se distingue des pays comparés en ayant connu son sommet de surmortalité plus tard, soit à la fin avril, début mai plutôt qu’au milieu d’avril.

L’Allemagne et le Danemark affichent les sommets les plus faibles. Le pic le plus élevé est observé pour l’Espagne, 155 %, puis pour le Royaume-Uni, 105 % et la Belgique, 103 %. Au Québec, lors de la semaine se terminant le 2 mai, l’excès de mortalité atteint 58 %. Les États-Unis présentent une pointe plus faible, 43 %, mais constitue le seul l’endroit où la surmortalité s’est maintenue à un niveau élevé, sans pause, depuis le début de la pandémie.

L’examen des données depuis le début du mois de juin 2020 montre des situations particulières. Tout d’abord, les États-Unis affichent une surmortalité importante sur l’ensemble de la période. Après les États-Unis, l’Espagne est le premier pays à rapporter une reprise de la surmortalité. La Belgique, après avoir vu les décès de 2020 passer sous la moyenne de 2015-2019, enregistre un premier pic hebdomadaire de surmortalité de 53 % à la mi-août et un deuxième pic de 81 % au début novembre. La France, au début novembre, le Royaume-Uni, à la mi-novembre et l’Allemagne, à la fin novembre, atteignent un sommet depuis le début de la deuxième vague. La Suède, pendant 10 semaines consécutives, est le seul pays à afficher une longue séquence de sous-mortalité. Durant les semaines suivantes, la surmortalité a repris et se maintient autour de 20 %.

Depuis le début de 2021, l’on observe des tendances variables. La Suède affiche la plus longue séquence de sous-mortalité hebdomadaire. Le Royaume-Uni affiche en début d’année une forte baisse de la mortalité avec la vaccination hâtive suivie par la suite d’une augmentation importante associée à un déconfinement trop rapide et à une stagnation de la vaccination. Les États-Unis ne présentent à aucun moment une situation de sous-mortalité et présente même une pointe importante au début de l’automne. Le Québec, de son côté, présente une mortalité qui s’écarte peu de la moyenne des années 2015 à 2019.

 

Le graphique suivant présente, pour le Québec et chaque pays, le cumul des excès hebdomadaires pour l’ensemble de l’année. Les États-Unis cumulent la surmortalité la plus forte, 19 %. Suivent l’Espagne, 18 %, la Belgique, 14 % et le Royaume-Uni, 13 %. Le Québec et la France se positionnent au milieu du classement avec une surmortalité de 10 %.  Le Danemark affiche la surmortalité la plus faible, moins de 1 %.

 

Le prochain graphique présente la même information pour l’année 2021 jusqu’à la semaine se terminant le 25 septembre 2021. Parmi les 9 populations comparées, il y en a deux, la Suède et la Belgique, qui se démarquent avec une sous-mortalité, malgré la pandémie. Les États-Unis continuent d’afficher la surmortalité la plus forte. Le Québec affiche une mortalité comparable à la moyenne des années 2015 à 2019.

 

Le prochain graphique présente pour l’ensemble de l’année 2020,  les taux cumulés de mortalité par COVID-19 et de surmortalité pour le Québec et les différents pays comparés. Si pour chaque pays, le taux de mortalité par COVID diffère de celui de surmortalité, le classement change peu entre les deux taux. Pour les 4 pays ayant les taux les plus élevés, le rang ne varie que d’une position entre les deux mesures.

 

Enfin, le dernier graphique présente la même information pour l’année 2021 jusqu’au 25 septembre. Le taux de mortalité par COVID varie, d’un endroit à l’autre, de 231 par million d’habitants, au Danemark à 1012 par million au États-Unis. Le Québec enregistre le 2e taux le plus faible. Le classement diffère quelque peu entre les deux mesures. Cependant, les quatre pays qui affichent les taux de mortalité par COVID les plus faibles sont aussi ceux qui présentent les surmortalités les plus basses. En Belgique et en Suède, la mortalité par COVID n’est pas accompagné d’une surmortalité. Au Québec,  la surmortalité est pratiquement nulle. Les États-Unis rapportent à la fois les taux de COVID et de surmortalité les plus élevés.

 

4. Variation de l’espérance de vie entre 2019 et 2020 : Québec comparé à certains pays

Une étude publiée par l’Université d’Oxford permet de quantifier l’impact de la COVID-19 à partir de la variation de l’espérance de vie entre 2019 et 2020 dans plusieurs pays. Cette approche fournit une comparaison plus précise que la surmortalité entre des populations de tailles et de structures par âge différentes. Les données pour le Québec proviennent de l’Institut de la statistique du Québec. Le classement varie peu entre les hommes et les femmes. Les États-Unis affichent la perte la plus importante en années perdues d’espérance de vie à la naissance entre 2019 et 2020. Suivent l’Espagne, la Belgique et l’Angleterre et Pays de Galle.

À l’opposé, le Danemark rapporte une légère hausse de l’espérance de vie. Le Québec se compare plus avantageusement chez les hommes, avec une baisse de 0,4 ans, que chez les femmes, où la baisse se situe à 0,7 ans. Parmi les 9 pays comparés, dans 6 pays, la baisse a été plus importante chez les hommes que chez les femmes.

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