Le Québec se démarque davantage par son état de santé que par son économie

Pour quantifier la richesse collective des Québécois, des mesures telles que le produit intérieur brut ou le revenu disponible par habitant sont régulièrement utilisées. Ces mesures de la dimension matérielle de la richesse tendent à illustrer une situation défavorable pour le Québec, lorsque des comparaisons sont établies sur les plans canadiens et internationaux.

Cependant, la richesse matérielle ne constitue qu’un élément parmi d’autres permettant d’établir le bien-être et le développement humain d’une population. La culture, le climat social, l’éducation et surtout la santé sont d’autres dimensions importantes dont on doit tenir compte.

Prenons comme exemple, l’espérance de vie à la naissance, un indicateur largement répandu pour apprécier l’état de santé des populations. Les données disponibles les plus récentes pour le Québec et la plupart des pays développés portent sur l’année 20121. Le Japon et la Suisse dominent le classement avec une espérance de vie, sexes réunis, de 83 ans, soit environ 1,5 an de plus que le Québec qui se positionne au 7e rang comparativement aux pays de l’OCDE.

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Par contre, en ce qui concerne le PIB par habitant, qui constitue un indicateur de l’activité économique d’un pays, le Québec se classe au 17e rang sur 20 états. L’Italie et l’Espagne, qui se situent aux deux derniers rangs pour le PIB par habitant montrent également une situation beaucoup plus reluisante en ce qui concerne l’espérance de vie. À l’inverse, les États-Unis se positionne au 3e rang pour le PIB par habitant mais au dernier rang pour l’espérance de vie à la naissance.

Portons maintenant notre attention plus spécifiquement sur le Canada et les États-Unis. Le graphique ci-dessous présente le classement des provinces canadiennes et des états américains selon l’espérance de vie à la naissance, sexes réunis, et le revenu disponible des ménages par habitant. Ce dernier indicateur permet de mesurer le pouvoir d’achat d’une population après déduction des impôts et des cotisations diverses.

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Ainsi, le Québec se classe au 3e rang parmi les 60 provinces et états pour l’espérance de vie à la naissance, sexes réunis, mais au 59e rang pour le revenu disponible. Ainsi, dans aucun état américain, la population vit plus longtemps qu’au Québec, même dans les états ayant un revenu disponible de plus du double de celui du Québec. Les données sur le revenu disponible par état américain et province canadienne montrent bien les écarts importants entre les niveaux d’imposition américains et canadiens. L’Alberta est la seule province dont le revenu disponible par habitant réussit à dépasser celui de quelques états américains. Mais du côté américain, une part du revenu disponible doit servir à payer des services de santé qui sont, du côté canadien, couverts par les impôts prélevés.

On peut toujours reprocher à l’espérance de vie d’être une mesure de quantité plutôt que de qualité de la vie. C’est pourquoi afin de comptabiliser uniquement les années vécues en bonne santé, plusieurs indicateurs regroupés sous le terme d’espérance de santé ont été développées. Les données les plus récentes montrent que parmi les provinces canadiennes, c’est au Québec que les gens vivent le plus longtemps en santé (Statistique Canada, 2012).

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Si le Québec ne se démarque pas par ses indicateurs économiques, sa population se compare favorablement aux sociétés les mieux nantis du globe en ce qui concerne son état de santé. Ainsi, la richesse d’une population ne se mesure pas seulement en dollars mais aussi en années vécues.

Cependant des écarts importants d’espérance de vie et d’espérance de santé subsistent au sein de la population québécoise selon le lieu de résidence et le niveau socioéconomique. Le défi consiste à réduire ces inégalités afin que le fait de vivre longtemps et en santé soit accessible à tous et non pas seulement aux personnes les plus favorisées. Un exemple d’inégalités qui persistent au Québec concerne le Nunavik, cette région du Québec peuplée majoritairement de personnes d’origine inuite, où depuis près de 40 ans, l’espérance de vie à la naissance stagne à 66 ans alors que celle de l’ensemble du Québec dépasse maintenant 80 ans (voir autre article sur ce site).

  1. L’écart de 0,2 an entre l’espérance de vie du Québec et celle du Canada peut dépende du fait que la valeur du Canada se rapporte à l’année 2011 et celle du Québec à la période 2011-2013. Pour la période 2009-2011, le Canada et le Québec enregistrent des espérances de vie à la naissance identiques.

Au Nunavik, les gens vivent 15 ans de moins que l’ensemble des Québécois.

Au Québec, l’espérance de vie à la naissance s’est accrue de façon soutenue au cours des dernières décennies. Elle dépasse maintenant celle du Canada dans son ensemble et se situe parmi les plus élevées au monde, soit autour de 82 ans. Uniquement depuis le début des années 90, la longévité moyenne des Québécois a augmenté de 6 ans.

Cette hausse de l’espérance de vie a été observée dans toutes les régions du Québec sauf au Nunavik. Cette région lointaine, constituée de 14 villages dispersés le long de la baie d’Hudson et de la baie d’Ungava, comprend environ 12 000 personnes dont plus de 90 % sont inuites.

Des sources diverses nous permettent de suivre l’évolution de l’espérance de vie des résidents du Nunavik sur une période de plus de 60 ans. On remarque ainsi que de 1946 à 1971, l’espérance de vie est passée de 26 ans à 66 ans mais vient à peine de passer ce seuil 40 ans plus tard. De sorte que l’écart de 6 ans qui séparait le Nunavik de l’ensemble du Québec en 1971 se maintient à 15 ans depuis 2001.

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La hausse spectaculaire de l’espérance de vie au Nunavik entre 1946 et 1971 s’explique par une diminution marquée des décès par maladies infectieuses (oreillons, rougeole, tuberculose) et par pneumonie et grippe. Toutefois, à partir du début des années 70, l’espérance de vie se met à diminuer au moment où elle commence à rattraper celle de l’ensemble de la population du Québec. La hausse des suicides, des traumatismes non intentionnels et des décès par tumeurs et par maladies de l’appareil circulatoire explique en grande partie cette diminution de la durée de vie au Nunavik.

Alors que le suicide était un phénomène relativement rare chez les Inuits avant les années 80, le taux de mortalité associé à cette cause, représente au Nunavik, plus de 6 fois celui de l’ensemble du Québec pour les années les plus récentes.  Les traumatismes non intentionnels, les maladies de l’appareil respiratoire et le cancer du poumon présentent également au Nunavik des taux de 3 à 6 fois ceux du Québec.

On pourrait penser que la situation défavorable du Nunavik par rapport à l’ensemble du Québec résulte en grande partie des conditions liées à l’éloignement géographique et à la rigueur du climat. Il est donc intéressant de comparer l’espérance de vie du Nunavik à celles des trois autres régions inuites du Canada, le Nunavut, l’Inuvialuit (partie ouest de l’arctique canadien) et le Nunatsiavut (Labrador) qui présentent des caractéristiques géographiques, climatiques et culturelles similaires. On remarque ainsi que ces régions affichent des espérances de vie à la naissance dépassant d’au moins 5 ans celle du Nunavik. Le Nunavik présentent donc un portrait désavantageux même au sein des régions inuits du Canada.

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Les retombées de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois signée en 1975 ne se sont malheureusement pas traduites pour les Inuits du Nunavik par une hausse de leur espérance de vie. Souhaitons que le développement du Nord, en plus de ses objectifs de créer de la richesse pour tous, permette également d’améliorer l’état de santé des populations locales, dont les Inuits du Nunavik. Après tout, le Nunavik couvre le tiers du territoire québécois et près de la moitié du territoire visé par le développement nordique.