Les décès par armes à feu aux États-Unis atteignent un sommet

Les médias nous rappellent à chaque semaine à quel point les décès par armes à feu semblent avoir atteint le statut d’épidémie aux États-Unis. À partir des données disponibles sur le site web du Centers for Disease Control and Prevention (CDC), https://wonder.cdc.gov/ucd-icd10.html,  il est possible de mesurer l’ampleur de cette épidémie.

Un phénomène à la hausse

En 2017, les armes à feu ont causé la mort de près de 40 000 personnes, un sommet depuis que les données sont compilées à partir de la classification la plus récente des maladies. Le nombre annuel des décès s’est intensifié au cours des trois dernières années passant de 33 595 en 2014 à 39 773 en 2017.

La hausse des décès sur plusieurs années peut dépendre en partie de l’augmentation de la population. Ainsi de 2000 à 2017, la population des États-Unis a augmenté de 16 % passant de 281,4 millions à 325,7 millions. Pendant ce temps, les décès par armes à feu ont enregistré une hausse de 20 %. L’utilisation du taux de mortalité permet de mieux mesurer l’évolution du phénomène dans le temps en éliminant l’influence de l’augmentation de la population. Il est aussi possible de comparer les niveaux de la mortalité par armes à feu aux États-Unis et au Canada.

La mortalité par armes à feu est demeurée relativement stable de 2000 à 2014 variant entre 10,1 et 10,7 pour 100 000 pour ensuite augmenter à chacune des trois dernières années. De 2014 à 2017, la mortalité s’est ainsi accrue de 16 %.

Aux États-Unis, la mortalité par armes à feu est près de 6 fois celle observée au Canada. On peut remarquer qu’au Canada, le phénomène demeure très stable depuis une dizaine d’année.

Plus de suicides que d’homicides

En regroupant les données par période de 3 ans, il est plus facile d’examiner le phénomène selon certaines variables telles que les circonstances des décès (suicides, homicides), l’âge, le sexe ou le groupe racial des victimes.

D’une période à l’autre, la majorité de la mortalité par armes à feu est constitué des suicides. En 2015-2017, ceux-ci représentaient 60 % des décès par armes à feu et les homicides 37 %. En comparaison, au Canada, pour la même période, les suicides comptaient pour 77 % de la mortalité par armes à feu et les homicides 20 %.

Entre 2012-2014 et 2015-2017, la mortalité par armes à feu a augmenté de 11 %. La hausse a été plus marquée pour les homicides, 21 %, que pour les suicides, 6 %.

Une mortalité 6 fois plus élevée chez les hommes

La mortalité par armes à feu est 6 fois plus élevée chez les hommes que chez les femmes. La mortalité semble présenter peu de variations d’un groupe d’âge à l’autre, à part chez les moins de 15 ans, Cependant, les taux de suicides et d’homicides évoluent en sens opposé. Chez les 15-34 ans, les homicides dominent alors que chez les personnes de 75 ans et plus, plus de 90 % des décès par armes à feu sont associés à des suicides.

Mortalité par armes à feu deux fois plus fréquente chez les Noirs que chez les Blancs

Les données selon le groupe racial montrent que la mortalité par armes à feu est presque deux fois plus élevée dans la population noire que dans la population blanche. Si les homicides prévalent fortement dans la population noire, les suicides constituent plus des trois quarts des décès dans la population blanche.

Homicides chez les Noirs, suicides chez les Blancs

L’analyse plus spécifique de la mortalité chez les hommes de 15 ans et plus accentue les différences entre les Noirs et les Blancs. Chez les Noirs, les risques de décès par armes à feu diminuent avec l’âge, alors que chez les Blancs, c’est le contraire. Ainsi, les groupes les plus à risque de décès par armes à feu sont, d’un côté, les hommes noirs de 15-34 ans et de 35-54 ans, principalement par homicide, et de l’autre, les hommes blancs de 75 ans et plus, essentiellement par suicide. Dans le groupe des 15-34 ans, la mortalité par armes à feu des Noirs est 4 fois celle des Blancs. Chez les 75 ans et plus, c’est l’inverse, la mortalité par armes à feu des Blancs est plus de 3 fois celle des Noirs.

Une hausse qui touche tous les sous-groupes de la population américaine

La hausse de la mortalité par armes à feu observée entre 2012-2014 et 2015-2017 touche de façon variable les différents sous-groupes de la population. Elle a été plus marquée chez les Noirs et dans la population de 15-34 ans.

En perspective

Depuis 20 ans, la National Rifle Association exerce des pressions pour empêcher les Centers for Disease Control and Prevention d’obtenir les fonds suffisants pour réaliser des recherches approfondies permettant de mieux identifier les meilleures interventions pour réduire ce fléau, notamment celles qui passent par le contrôle des armes à feu.

De nombreux organismes, dont plusieurs associations de professionnels de la santé, s’invitent maintenant dans le débat. Ces organismes soulignent d’ailleurs que les stratégies à utiliser dans la prévention des blessures et des décès par armes à feu peuvent s’inspirer, par exemple, de celles qui ont permis de réduire les effets néfastes de la consommation de tabac ou des accidents de la route.

Une chose est certaine, ces stratégies ne peuvent se limiter à interdire l’accès aux armes automatiques puisque la très grande majorité des décès par armes à feu impliquent des armes de poing. Ces stratégies doivent donc couvrir un large spectre en passant par l’admissibilité à un permis, l’entreposage des armes,  la santé mentale et la recherche.

L’espérance de vie au Québec : une richesse collective

Pour quantifier le niveau de vie des Québécois, des mesures telles que le produit intérieur brut ou le revenu disponible par habitant sont régulièrement utilisées. Cependant, la richesse matérielle ne constitue qu’un élément parmi d’autres pour évaluer le niveau de vie d’une population. La culture, le climat social, l’éducation et surtout la santé sont d’autres dimensions importantes à prendre compte.

Le Québec au premier rang en Amérique du Nord

À ce titre, l’espérance de vie à la naissance est un indicateur largement répandu pour apprécier l’état de santé d’une population. Les données les plus récentes, publiées par Statistique Canada à fin du mois de mai, montrent que l’espérance de vie des Québécois atteint 80,6 ans et celle des Québécoises, 84,2 ans. Ainsi, le Québec se classe, parmi les provinces canadiennes, au premier rang chez les hommes et au troisième rang chez les femmes pour la longévité de sa population. Pour la première fois depuis que les statistiques sont disponibles, le Québec dépasse l’Ontario chez les hommes. De plus, le Québec continue d’augmenter son avance par rapport à la moyenne canadienne.

À l’échelle de l’Amérique du Nord, c’est au Québec où l’on vit le plus longtemps, 82,5 ans, pour la population de sexes réunis, mais c’est aussi l’endroit où le revenu disponible par habitant est le plus bas, après déductions des différents impôts et cotisations. Il n’y a aucun état américain ou province canadienne où la population vit plus longtemps qu’au Québec, même dans les états ayant un revenu disponible de plus du double de celui du Québec. L’état qui se rapproche le plus du Québec est Hawaï où la durée de vie est de 81,3 ans.

Et parmi les premiers au sein de l’OCDE

Lorsque le Québec est comparé aux pays de l’OCDE, celui-ci se retrouve au 5e rang pour ce qui est de l’espérance de vie mais au 19e rang pour le produit intérieur brut (PIB) par habitant. À l’opposé, les États-Unis se positionnent au 3e rang pour le PIB par habitant mais au dernier rang pour l’espérance de vie à la naissance. Parmi les 5 états ayant les espérances de vie les plus élevées, il y en 4 qui se classent parmi les PIB les plus bas. Ceci montre bien qu’à partir d’un certain seuil de richesse matérielle, un PIB ou un revenu par habitant plus élevé ne garantit pas automatiquement une longévité plus grande de la population.

On peut toujours reprocher à l’espérance de vie d’être une mesure de quantité plutôt que de qualité de la vie. C’est pourquoi afin de comptabiliser uniquement les années vécues en bonne santé, plusieurs indicateurs regroupés sous le terme d’espérance de santé ont été développés. Les données les plus récentes montrent que parmi les provinces canadiennes, c’est au Québec que les gens vivent le plus longtemps en santé.

Si le Québec semble présenter un portrait désavantageux en ce qui concerne les principaux indicateurs économiques, sa population se compare favorablement aux sociétés les mieux nantis du globe en ce qui a trait à son état de santé. Ainsi, le niveau de vie d’une population ne se mesure pas seulement en dollars mais aussi en années vécues.

Une espérance de vie élevée pour tous

Cependant, des écarts importants d’espérance de vie et d’espérance de santé subsistent au sein de la population québécoise selon le lieu de résidence et le niveau socioéconomique. Ces écarts peuvent être de l’ordre de 10 ans d’espérance de vie à la naissance entre milieux favorisés et défavorisés. Un cas extrême d’inégalités qui persistent au Québec concerne les populations autochtones. Ainsi, au Nunavik, cette région du Québec peuplée majoritairement de personnes d’origine inuite, l’espérance de vie à la naissance stagne depuis plusieurs décennies à moins de 70 ans alors que celle de l’ensemble du Québec atteint 82,5 ans. Notre défi collectif consiste à réduire ces inégalités afin que le fait de vivre longtemps et en santé soit accessible à tous les résidants du Québec.

Les décès par armes à feu aux États-Unis : une réalité insoupçonnée

Voir la mise à jour parue le 10 septembre 2019 : Les décès par armes à feu atteignent un sommet.

 

Au-delà des fusillades et des décès impliquant les forces policières, l’ampleur de la mortalité par armes à feu aux États-Unis est relativement peu connue. Pourtant, les statistiques sont facilement accessibles à partir de la base de données sur les décès du site web du Centers for Disease Control and Prevention (CDC) http://wonder.cdc.gov/ucd-icd10.html et révèlent un portrait contrasté.

33 000 décès par année, en majorité des suicides

Les données les plus récentes montrent que 33 000 décès par armes à feu surviennent en moyenne annuellement aux États-Unis. Parmi ceux-ci, 62 % se rapportent à des suicides et 34 % à des homicides. Le reste des décès par armes à feu, 4 %, est constitué d’accidents, de décès indéterminés quant à l’intention et d’interventions de la force policière. Les cas les plus médiatisés, soient les décès liés aux fusillades de masse et aux interventions de la force policière, représentent ensemble environ 3 % des décès par armes à feu.

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Durant la dernière décennie, les décès par armes à feu, et plus particulièrement ceux par suicide, ont augmenté alors que ceux par homicide ont diminué. Comme les décès par armes à feu évoluent au même rythme que les effectifs de la population américaine, le taux de mortalité demeure stable dans le temps.

6 fois plus de décès chez les hommes

Les armes à feu occasionnent 6 fois plus de décès chez les hommes que chez les femmes. À part chez les moins de 15 ans, la mortalité semble présenter peu de variations d’un groupe d’âge à l’autre. Cependant, l’importance des suicides et des homicides évoluent en sens opposé. Chez les 15-34 ans, les homicides dominent alors que chez les personnes de 75 ans et plus, plus de 90 % des décès par armes à feu sont associés à des suicides.

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Décès par armes à feu deux fois plus fréquents chez les Noirs que chez les Blancs

Les données selon le groupe racial montrent que les décès par armes à feu sont presque deux fois plus fréquents dans la population noire que dans la population blanche. Si les homicides prévalent dans la population noire, les suicides constituent plus des trois quarts des décès dans la population blanche.

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Homicides chez les Noirs, suicides chez les Blancs

L’analyse plus spécifique de la mortalité chez les hommes de 15 ans et plus accentue les différences entre les Noirs et les Blancs. Chez les Noirs, les risques de décès par armes à feu diminuent avec l’âge, alors que chez les Blancs, c’est le contraire. Ainsi, les deux groupes les plus à risque de décès par armes à feu sont, d’un côté, les hommes noirs de 15-34 ans, principalement par homicide, et de l’autre, les hommes blancs de 75 ans et plus, essentiellement par suicide.

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Un problème majeur de santé publique

La mortalité par armes à feu constitue un problème majeur de santé publique aux États-Unis. Au cours des 15 dernières années, près d’un demi-million de décès par armes à feu ont été dénombrés. Les États-Unis affichent de loin, parmi l’ensemble des pays industrialisés, le taux le plus élevé de mortalité par armes à feu. En comparaison, le taux américain est 5 fois plus élevé que le taux canadien. Depuis 2010, les décès par armes à feu ont dépassé ceux par accidents de transport chez les hommes. De plus, les homicides par armes à feu représentent la première cause de décès chez les hommes noirs de 15-34 ans.

À la demande du président Obama, la reprise des travaux du CDC sur l’épidémiologie de la violence par armes à feu, après une interruption de plusieurs années, constitue sans aucun doute un pas dans la bonne direction pour identifier les meilleures interventions pour réduire ce fléau, notamment celles qui passent par le contrôle des armes à feu.